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« Le monde de Peter – Eveil à une sociologie des orbes » de Sylvie Joubert

SylvieTrois

« Le monde de Peter – Eveil à une sociologie des orbes » de Sylvie Joubert

Editeur : Le Temps Présent

(156 pages)

Depuis le développement des photographies numériques, il est fréquent d’obtenir des clichés sur lesquels figurent de curieuses formes, souvent circulaires et lumineuses, appelées « Orbes ». Simples poussières pour les uns, esprits de la nature pour d’autres, elles suscitent de véritables débats dont les sociologues se font ici l’écho. Peut-on envisager, avec la plus grande objectivité possible et quelques éléments à l’appui, que des « Êtres Volants Non Identifiés » coexistent avec notre humanité ?

Pour essayer de répondre à cette question, le lecteur du « Monde de Peter » est invité, d’une part, à visualiser des phénomènes étranges captés par la photographie et la vidéo, d’autre part, à écouter les avis de personnalités venant des sciences exactes ou humaines (M. Maffesoli, J.Y. Leloup, C. Lavat, R. Marion, B. Kaufmann). S’il est évident que des poussières ambiantes sont susceptibles de se réfléchir sous le flash de l’appareil photographique ou de l’objectif de la caméra, au point de produire des sphères luminescentes (Orbes) sur une photo ou un film, il arrive aussi que des formes humanoïdes émergent sous la forme de mystérieux visages positionnés dans le centre et/ou dans la périphérie de l’Orbe.

Le « monde de Peter » pose un regard à la fois empirique et sociologique sur ces étranges visages virevoltants au dessus de nos vies dans le plus grand silence.

Extrait : Le monde de Peter

Comme beaucoup d’enfants, j’attendais avec impatience l’émission de télévision du dimanche après-midi présentée par Pierre Tchernia. Nous pouvions y voir des extraits de dessins animés de Walt Disney et nourrir notre imagination des actions des plus courants archétypes : l’enchanteur, le chevalier, l’amoureux, le héros, le sorcier, le vaurien, le romantique, le révolté, le bon et le méchant, le riche et le pauvre, etc. Chaque semaine, plus particulièrement au moment des fêtes, nous avions rendez-vous avec Dumbo, Cendrillon, Blanche Neige, Mickey, Peter Pan, Mowgli, Winnie, Pinocchio, Merlin, Bambi et les autres. Mes yeux n’en finissaient pas de briller, je crois bien que j’aurais fait n’importe quoi pour ne pas manquer l’émission et prolonger ce moment béni. Le mariage de l’ORTF et de la société Disney marqua les jeunes générations nées avant ou après les années soixante-dix.
Chaque année, notamment au moment des fêtes, l’animateur proposait aux enfants de faire eux-mêmes leur programme en appelant SVP. Tout un chacun était donc libre de sélectionner l’extrait de son choix parmi l’ensemble des dessins animés. Le concept était novateur, c’est ainsi que des millions de téléspectateurs, fidèles au rendez-vous, suivaient avec assiduité et humeur belliqueuse l’évolution du classement des titres. J’attendais de tout mon espoir que les 101 Dalmatiens, Pinocchio et la Belle et le Clochard arrivent dans le trio de tête.
Pourtant, il y avait un titre que mes yeux d’enfant reléguaient en queue de liste : «Les aventures de Peter Pan». Allez savoir pourquoi, je trouvais particulièrement saugrenue l’idée de voir des êtres humains, des enfants, voler comme des moineaux dans les airs et habiter un pays imaginaire. Existe-t-il un pays imaginaire ? Ce monde d’êtres ailés virevoltants et fantaisistes, clocheté par une fée et crocheté par un capitaine, je le trouvais peu réaliste, grotesque, presque agaçant. La subtilité de l’histoire me passait bien au-dessus de la tête, et rien n’aurait pu me faire changer d’avis. Bref, le monde de Peter Pan ne parlait ni à mon âme ni à mon intelligence d’antan. Et pourtant…
Pour une raison mystérieuse, sans doute parce que je savais cela impossible, mais très plaisant à envisager, je pouvais admettre que des animaux parlent comme dans Bambi ou Belle et le Clochard, qu’ils volent comme dans Dumbo. Cette transposition et cette humanisation de la faune, marque de fabrique de Walt Disney, me séduisaient et, probablement, me rapprochaient-elle un peu aussi des animaux. Par contre, je trouvais absurde, anachronique et incongrue l’idée qu’une partie de l’humanité aux prises d’un pyjama partie puisse voler et vivre dans un pays imaginaire proche du nôtre, presque dans le nôtre. Pourquoi une telle injustice faite à Peter Pan ? Pourquoi cet agacement ? Peut-être bien parce qu’il faut détester avant d’apprécier, occulter pour mieux voir et rejeter pour mieux aimer. Également, parce que les enfants ont leur raison que la raison ignore. Sauf preuve du contraire, les cieux de mon enfance ne contenaient pas de Peter, de Wendy, de John ou de Michael. Je n’envisageais aucun autre pays que celui que nous appelons le Monde, aucune autre humanité que celle des bipèdes erectus, habilis, sapiens and Co, collés au socle terrestre.

Biographie de l’auteur : Sylvie Joubert est Docteur en sociologie de l’Université René Descartes – Paris V Sorbonne depuis 1989. D’une façon générale, ses travaux sociologiques sont marqués par un recul à l’égard des dualités intellectuelles et universitaires courantes : réel et virtuel, phénomène et noumène, vrai et faux, visible et invisible, exotérique et ésotérique, sont pour elle les dichotomies d’un vieil entendement nayant plus de raison d’être.

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